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Proposition de faire un Kit Militant (7000 signes) pour Écorev n°37

mail reçu le 11/04 :

Pour le kit militant, tu peux préciser ton idée. Bises

Jérôme

——– Message original ——– Sujet: KM 37

Date : Mon, 11 Apr 2011 21:49:22 +0200

De : emmanuel@ecorev.org emmanuel@ecorev.org

Pour : jérôme GLEIZES gleizes@free.fr

Merci de me transmettre les infos pour le KM du 37. Par ailleurs les KM font en moyenne 7000 signes.

à++ manu.


2EME Jus

un regard écolo sur le phénomène fablab

Comme on le lit depuis deux ou trois ans, une petite mythologie s'est créée autour des ateliers ouverts aux amateurs éclairés et aux spécialistes que sont les fablabs.

Deux aspects intéressants de ces fablabs sont le partage effectif des connaissances et les expérimentations qui dépassent largement le champ de l'informatique pure. Les choses numériquement conçues envahissent le monde et le fablab permet d'en décortiquer toutes les facettes, de la conception, l'étude et les tests à la production. Dans ces lieux tournés vers l'innovation, l'outil se confond avec l'objet et de nouveaux points de vues naissent.

De fait, il n'existe pas ou peu d'autres lieux de partage et d'enseignement ouverts de cette façon à tous. La culture inculquée depuis l'aire industrielle prône un modèle de (sur)consommation pour des individus dépossédés des outils et des méthodes de production. La création n'est plus que du loisir ; quant à l'autonomie, elle ne consiste qu'à connaître l'adresse du fournisseur de pièces détachées, lui-même en voie de disparition.

Il est important de faire la distinction entre les différents fablabs en France : certains sont investis par les compagnies qui ont externalisées leurs laboratoires de recherche vers ces associations de consomm'acteurs peu critiques ; d'autres sont animés par des besoins et des intérêts en communication - ils deviennent alors une vitrine des structures d'enseignement privée ou publique, des écoles à la recherche de prof au rabais, des universités dans la justification de leurs recherches privatisées ; et d'autres encore sont issus d'expérimentations artistiques et tentent de résister à la pression bureaucratique qui impose de plus en plus une « rentabilité culturelle ».

Ces fablab restent toujours sur le terrain du capitalisme.

Approche citoyenne des fablabs

Si nous voulons faire une réalité des idées exposées par André Gorz, il ne faut pas laisser faire, pour réfléchir ensuite à l'explication. Il faut former activement ces lieux comme des endroits de liberté, de libération.

Ce que beaucoup n'ont pas appris de leurs parents, c'est le bricolage et l'art de la débrouille, le bon vieux système D. À quoi bon déployer des trésors d'ingéniosités pour remplacer le bouton cassé d'un appareil comme un baladeur par son exacte réplique fabriquée par une imprimante 3D, quand un bouton de culotte et un coup de lime habile font l'affaire ? C'est là que se situe le défi à relever. Il est nécessaire de remplacer le merveilleux et abêtissant imaginaire de la technique industrielle par le pragmatisme d'un savoir faire manuel mis à mal voir désuet. Ce qui était une évidence pour une ouvrière, un mécanicien des années 50 s'est perdu. Et malheureusement l'école n'a pas suffisamment mis la main a la pâte : dans notre pays les cours pratiques ne visent qu'aux loisirs, surtout pas à l'autonomie. Et les cours théoriques ont été vite oubliés. Qui se souvient que de faire passer du courant au rythme de la musique fait danser le fil conducteur présent dans un champ magnétique ? C'est pourtant le principe des haut-parleurs qu'on retrouve partout autour de nous.

Le politique a laissé faire la délocalisation. La spécialisation aidant, une des conséquences n'a pas été la fuite des cerveaux tant décriée mais bien la perte des mains et de leurs savoirs. C'est aussi le constat que font les compagnies en cherchant l'innovation en dehors de leurs bureaux. La créativité est le fruit du savoir faire et de l'expérimentation.

Comment créer un bricolab ?

Il y a trois points de départ possible pour la création d'un bricolab : un groupe de personne constitué, un lieu déjà porteur d'un imaginaire ou un matériel offrant un potentiel de départ. Cependant, ce qui est nécessaire pour qu'une dynamique naisse dans cet esprit d'approche citoyenne et non de fablab pro-industriel c'est l'esprit de bricolage, d'autonomie technique et de partage des connaissances.

L'investissement matériel nécessaire pour commencer peut être faible.
L'atelier à pépé avec sa chignole, son tourne à gauche, ses rabots et ses ciseaux est une possible entrée en matière. La confrontation au bois, au carton ou au fer comme des matériaux simples aide à oublier peu à peu le plastique et les composites, d'autant plus que le but n'est plus de produire frénétiquement mais de pouvoir vivre avec son environnement, avec son temps, plus doucement. Soit nous récupérons une colonne pour la perceuse, soit nous la fabriquons, ainsi que la dégauchisseuse ou la toupie, les moteurs ne manquent pas.

A la modestie du geste nous ajoutons, dans le cadre d'un bricolab, le rapport au collectif, les possibilités de se regrouper, d'apprendre et de communiquer.

Le groupe, même s'il n'a nul besoin d'organisation formelle, devra poser les bases d'une coopération participative afin de prévenir des conflits futurs ou des déviations de ses objectifs lorsque les personnes fondatrices partiront et qu'un renouvellement des personnes, nécessaire et inévitable, se fera. C'est tout le groupe qui sera force de proposition, et tout le groupe qui pourra participer aux réalisations.
La convivialité est également nécessaire afin que le lieu soit un espace d'accueil ouvert et agréable. Celle-ci peut prendre des formes variables : un espace cuisine pour partager un café ou un repas, un espace de jeu pour accueillir des enfants, des moments consacrés à autre chose qu'au bricolage.
C'est un savoir-vivre solidaire qu'il faut mettre en place voire ré-apprendre, pour aller vers un savoir-être autonome.
Parmis les activités diverses du bricolab, il faut laisser une place importante au partage des expériences. Ce que nous savons profite aux autres et vice-versa. La circulation du savoir peut s'inspirer des méthodes de l'éducation populaire comme les relations d'apprentissage sans maître ni élève, non pour éduquer, mais pour instruire, avec un sens critique qui sera intrinsèque aux activités développées : réparation d'objet, prise de conscience de notre société de consommation, etc.

Le lieu lui-même est important, non pas en lui-même, mais ce qu'il représente pour nous : il peut être une cuisine ou un garage tout comme une ancienne usine ou un vieil atelier. L'espace est chargé de son histoire passée et actuelle, réelle ou imaginaire. Lieu de passage de populations diverses, il peut servir à d'autres associations, entreprises ou collectivité, le bricolab se positionnant alors parmi un ensemble d'activités.
Lieux physiques, mais aussi lieux virtuels : les sites internet, les forums techniques et l'ensemble de la toile sont à investir. La coopération est la force principale du mouvement. Dans cette idée, il est possible d'organiser un atelier participatif pour monter un chauffe-eau solaire, grâce aux plans trouvés sur Internet, ou même sa maison terre-paille.
Le regroupement permet d'acquérir, si nécessaire, des équipements plus onéreux comme a pu le faire l'Atelier à Nantes, association autonome et auto-gérée de mécanique automobile1). C'est la mutualisation qui est nécessaire : mutualisation des besoins, mutualisations des outils et des lieux.
N'oublions pas les livres : Chinons, compulsons, restaurons et diffusons les vieux manuels de cordonnerie, sur l'art de la forge, de la vannerie, de la mécanique, de la conserve, de l'électronique en 1960. Il y a des mines de savoir dans les anciens dictionnaires ménager des années 30.

Regardons autour de nous : les objets de notre quotidien doivent subir la critique de leur usage, de leur inutilité voire de leur dangerosité. La connaissance partagée nous donne aujourd'hui accès à d'autres modes d'existences au Brésil, en Inde, en Afrique… Participons à des labs, bricolabs, brico-cuisines, clubs, sans chercher à mettre en orbite un nième satellite, mais plutôt en peuplant un imaginaire d'une décroissance heureuse.

Décidons ensemble stratégiquement de la déconstruction pour une autre construction du monde, locale et multiple. Nous pouvons aussi porter la monnaie comme outil d'échange et d'interaction: monnaie locale, SEL2), RERS3).
Les pistes ne manquent pas : ville en transition, budget participatif, outils de communication autonomes et libres, fournir un accès internet associatif4), petite production et stockage d'énergie, éolienne Piggott, batteries Edison, économie et échanges autour du compost, du recyclage de quartier et plus 5), gestion collective et partage des moyens de transport, système d'aide inter-générationnelle ouvert, organisation d'habitat temporaire léger collectif, etc.

Regardons-les en face et, ensemble, fabriquons-les nous-même !

Encart : Brevets pour inventions libres

Le matériel et les outils, améliorés depuis longtemps, s'ouvrent et se libèrent de jour en jour. Le système de régulation de la contrefaçon, quand il ne sert pas un pur commerce sans connaissance, a pour but de faire connaître et respecter, dans un certain délai, l'invention d'auteur. Pendant le temps de la protection voulue (avant d'entrer dans le domaine public) ou par la volonté même de la personne créatrice grâce aux licences libres6), les brevets permettent aux groupements d'inventeurs ou d'artistes de faire savoir ce qui a déjà été fait, et non de le cacher. Compulsons les archives des sites de brevets et diffusons les plans dans une optique non pas mercantile mais libre. Nous avons la possibilité d'apprendre de ces inventions puis d'en réaliser des interprétations nous-même pour notre usage personnel.

liens

Des fablabs aux bricocuisines

1ER jus, trop dans les clous


Qu’est-ce qu’un Fab Lab ?

“Un Fab Lab (abréviation de Fabrication laboratory) est une plate-forme ouverte de création et de prototypage d’objets physiques, “intelligents” ou non. Il s’adresse aux entrepreneurs qui veulent passer plus vite du concept au prototype ; aux designers et aux artistes ; aux étudiants désireux d’expérimenter et d’enrichir leurs connaissances pratiques en électronique, en CFAO, en design ; aux bricoleurs du XXIe siècle…” 7)

Les fablabs, inspirés par le mouvement open source, partent d'une bonne intention : le partage du savoir.

Mais ces dernières années, l'esprit initial est détourné de ce qui devait être un lieu ouvert aux individus. Des entreprises industrielles ont investi ces lieux pour y piocher ou cultiver leurs idées. Certains n'y voient pas d'inconvénients. Et pourtant. L'industrie adapte depuis plus de dix ans son secteur Recherche&Développement en externalisant aux tissus associatifs technophiles la partie Recherche, qui pouvait lui sembler incontrôlable. On a vue fleurir des événements et des organisations sous des anglicismes d'un management vendeur : barcamps, co-working, workshop dont les fablabs ne seraient plus qu'une déclinaison. Ces lieux accueillent des bénévoles qui présentent les fruits de leurs travaux dans l'espoir qu'une entreprise les remarqueront et, éventuellement, les embaucheront pour une production. Éventuellement, car l'entreprise peut tout aussi bien faire elle-même le développement de l'idée. En gommant la nuance entre ce qui est ouvert et ce qui est libre, l'entreprise ne se place plus dans un partage sur le long terme. Et quand le savoir devient l'objet même de l'enjeu économique, écoles et instituts s'ouvrent aux fablabs dans le but de les instrumentaliser. Jusqu'aux laboratoires universitaires en quête d'éventuelle collaboration qui légitimerait leurs recherches, à l'heure où la politique de la recherche est dans la rentabilité immédiate.

Souvent les associations organisatrices sont elles-mêmes prises dans la tourmente économique. Le cadre de la médiation culturelle devient davantage un espace d'expression entreprenariale qu'artistique. Quant aux collectifs créatifs, la prouesse technique pure est le prétexte à tous les gâchis. Heureusement certaines structures résistent, comme en témoignent les régulières remises au point politiques sur leurs forums et listes de discussion.

De grands espoirs sont nés de l'outil emblématique des fablabs : les imprimantes 3D. L'idée de transformer le concept en matière devait sonner le glas des industries et la naissance des ateliers communaux d'autoproduction8). Il ne faut pas oublier que ce n'est qu'un outil de prototypage et non de production. Les objets de plastiques ou d'agglomérés métalliques fabriqués sont peu précis, peu solides et peu fiables, en comparaison de la production du moindre outil d'atelier mécanique professionnel : machine-outil à commande numérique, fraiseuse, etc.

Que devrait être un lieu collectif, coopératif et technique comme un fablab ?

Tout comme André Gorz le pressentait, ces ateliers d’auto-fabrication peuvent être une réponse à la sortie du capitalisme et à l'adoption d'un art de vie plus frugal9). Encore faut-il le décider. Étendre l'idée des fablabs à une ré-appropriation citoyenne n'est pas si simple10) car il faut les peupler d'usager-es et non d'entreprises ou de collectivités aux stratégies englobantes. Les fablabs sont construits autour des outils numériques et inspirés par leur mode de pensée. Il faut en faire des lieux du quotidien impregnés de l'esprit du libre, ce qui induit autonomie et réalisation de soi, et tournés vers le savoir faire collectif. Sans oublier que l'ouverture aux autres retrouvée et amplifiée par le réseau Internet nous relie aussi aux savoir faire et aux savoir être locaux. La convivialité est un des leviers puissants de la création collective.

Ce n'est pas tant le numérique qui constitue notre monde aujourd'hui que le mode de pensée qui en découle. Pour rester maître de son espace, il ne faut pas limiter la production du fablab à la création numérique. Les matériaux qui constitues notre environnement sont encore l'eau, la terre, le fer, le bois, le vivant et c'est avec eux que nous devons vivre. Les techniques artisanales existent ici ou ailleurs et la réalité physique impose de ne pas perdre de vue le savoir des forges et du forgerons, du paysan-boulanger, du maraicher, du charpentier ou de l'ébéniste… De ceux qui ne travaillaient pas les dérivés du pétrole ou de variété de plante hybride. Le fablab ne doit pas être la vitrine d'un rêve technocrate déchu, mais instruire à un réel savoir faire fertile.

Comment

Les fablabs sont des laboratoires de fabrication. Une vision écologique préférerait la notion de bricolage, plutôt que de fabrication. Le bricolage se situe dans la ré-utilisation des objets, la réparation. Les laboratoires sont une référence à l'industrie, ou au laboratoire de recherche. C'est situer ces lieux comme assez inaccessibles pour les néophytes. Pourtant, tout le monde a la capacité de bricoler, et il est possible de bricoler partout. Pour un lieu de ré-appropriation, préférons donc parler de cuisine.

C'est ainsi que déjà nous passerions des fablabs aux bricocuisines.

Une bricocuisine est un lieu participatif. C'est la réinvention de l'atelier à pépé, l'atelier de quartier coopératif. Il est ouvert à tout vent, et reste petit, ultra-local. Dans un deuxième temps, une multiplication de ces lieux amènera obligatoirement un maillage par le web : pour échanger les expériences, les manières de faire. Et peut-être organiser des rencontres physiques afin de faire visiter ces lieux empreints de la personnalité des gens qui les fréquentent.

Ces lieux participatifs ne devront pas faire l'apologie de l'autogestion qui peut devenir un regroupement compétitif d'individus et renforcer l'individualisme, mais être animés de manière conviviale par la création, la production et la gestion participatives, pour oeuvrer à des projets communs. Cette animation peut venir d'une gestion associative, ou bien d'un groupement d'individus. Dans ces lieux, une autre économie est à inventer. En interne, mais aussi en externe avec d'autres structures. Des monnaies locales peuvent être utilisées, à la manière des SELs11). C'est une économie du partage et du don quoi pourrait s'y mettre en place.

Enfin, pour faire partager les connaissances, n'essayons pas d'éduquer le peuple, mais simplement d'instruire, en toute modestie. L'éducation populaire a beaucoup à nous apprendre dans ce domaine.

Et surtout, ce qui n'est pas important, c'est l'argent. Il n'y a pas besoin d'une somme de départ pour mener un tel projet. Un groupement de quelques personnes, une cuisine ou un lieu collectif associatif, un tournevis et un marteau suffisent, en complément de beaucoup d'imagination et de débrouillardise.

Conclusion

Dépéchons-nous d'inventer des lieux d'invention, investir les espaces de créativité par une multitude de pensées

à caser ?

Des objets ad hoc exactement prévus pour la place qui leur est assigné. C'est à dire qu'au lieu de détourner un objet pour remplir une fonction (ce qu'est le hacking dans le domaine numérique, et plus prosaïquement le bricolage dans la vie de tous les jours), nous sommes dans une aliénation à l'objet.

Avant de designer un objet particulier, il faut savoir pourquoi cet objet est nécessaire. Et souvent, il est possible de trouver d'autres solutions qui permettront des personnalisations originales de nos objets quotidiens.

Plutôt que de fabriquer un objet, mieux vaut essayer d'abord de bricoler avec un bout de ficelle. La solution technique de l'imprimante 3D n'est souvent pas nécessaire, quand on sait bricoler avec ses mains.

1)
L'Atelier lutte depuis plus de trente ans par la connaissance pratique contre l'aliénation à la bagnole qui, dans notre monde, représente le plus gros tonnage de déchets dangereux dont nous sommes responsables. L'Atelier à étudier aussi le moteur Pentone, et la motorisation à l'huile. http://association.latelier.free.fr/spip
2) , 11)
Système d'Échange Local
3)
Réseau d'Échange Réciproque du Savoir
6)
GPL, artlibre, common creative cc share a like
8)
A.Gorz La sortie du capitalisme a déjà commencé dans Ecologica
10)
Redéfinir le fablab http://bricolab.org
ecorev_fablab.1310573114.txt.gz · Dernière modification: 2017/04/11 15:14 (modification externe)